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Séminaire de l’Ecole Doctorale d’Histoire de Paris I

Frontières et transferts culturels

Samedi 12 janvier 2002, Amphithéâtre Lefebvre,
Université de Paris I 
9h30-12h30

Coordination : Béatrice Joyeux
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La théorie des transferts culturels développée depuis 1985 par M. Espagne et M. Werner a proposé une approche novatrice aux questions de « relations », « échanges », « transmission » et « influences » entre ensembles culturels. Confrontations.
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Christelle Rabier. Les traductions françaises et britanniques de chirurgie (1760-1830) : supports de tranferts ? 
La réception des savoirs techniques et scientifiques s'opère grâce à différents médias, au nombre desquels les traductions, peu étudiées dans leur matérialité. Pour un savoir comme la chirurgie au XVIIIe siècle, qui est en partie un savoir du corps, ineffable, leur efficacité est d'autant plus douteuse que, pour les sciences physiques expérimentales contemporaines, la sociologie des sciences britannique a bien montré l'inanité des publications pour la réplication des expériences. Dès lors, quelle fonction ont les traductions pour la profession chirurgicale ? L'analyse des mécanismes de leur médiation, de part et d'autre de la frontière politique et linguistique qui sépare la France et le Royaume-Uni, permet de mesurer le « transfert », tantôt reflet des savoirs importés, tantôt miroir des connaissances locales. Ces mécanismes sont divers : ils font intervenir autant la profession chirurgicale et ses savoir-faire que le monde de l'édition qui produit les ouvrages, monde dans lequel les traducteurs ont une relative autonomie. Leur effets sur les textes, les gravures et la forme des livres indique les appropriations qu'effectuent les « auteurs » de ces nouveaux livres : ils permettent en particulier, par l'analyse des contrastes opérés, de rendre compte des modalités de lecture dans chacun des deux pays.
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Vincent Damour. La théorie des transferts dans l'étude de la religion gallo-romaine
L' étude de l'implantation et de l'utilisation de la religion romaine en Gaule à travers l'exemple de trois divinités représentatives, Mars, Minerve et Apollon, montre un constant mélange, évolutif, des deux civilisations celtique et romaine. 
La théorie des transferts, présentée comme la mise en relation de deux systèmes autonomes et asymétriques, pourrait a priori s'appliquer parfaitement à une étude en histoire ancienne. La manière dont s'est développée l'historiographie antique jusque dans les années 1950, par exemple pour le site d'Alésia, incite néanmoins à reconsidérer ces hypothèses. En effet, les auteurs ont utilisé des rapports de domination, côté romain, ou de résistance, côté gaulois, substituant parfois la politique nationale à la recherche scientifique. 
La complexité de l'étude réside principalement dans le fait que l'une des civilisations, la civilisation celtique, n'a laissé que très peu de sources, en refusant l'écriture. La documentation de recherche ne se basant que sur un seul élément d'origine, Rome, et sur l'élément de destination, la Gaule romaine, la théorie des transferts est-elle pleinement utilisable ?
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Béatrice Joyeux. Le cosmopolitisme dans l’art moderne, 1870-1914 : l’art sans frontières ?
On admet souvent sans problème l’idée d’une internationalisation de l’art moderne. Or elle ne s’esquisse que doucement après la naissance des avant-gardes historiques en France dans les années 1870, et provoque encore de graves débats avant la Grande Guerre. On ne peut donc parler de cosmopolitisme dans l’art moderne sans chercher à en retrouver la généalogie, les logiques esthétiques, mais aussi géographiques, économiques, sociales et géopolitiques. Ainsi, cerner les métissages et les transferts culturels n’est pas sans difficultés.
Laissant de côté l’aspect esthétique, on peut tenter d’étudier le brassage artistique international en représentant de manière cartographique le vaste transfert de personnes et d’objets artistiques à l’échelle européenne : migrations des artistes, ou trajets de leurs œuvres dans les expositions. On voit ainsi s’esquisser une cartographie des mouvements de l’art moderne, sur laquelle peut se greffer une analyse historique et collective en termes de transferts culturels.
De tels mouvements géographiques et économiques sont-ils pour autant les supports d’un réel brassage – des goûts, des personnalités, des idéologies ? Non seulement, de 1870 à 1914, le cosmopolitisme n’est pas la spécificité des avant-gardes. Mais encore, quand la critique, en France, en Allemagne ou en Belgique se met à associer et rejeter ensemble art moderne et cosmopolitisme, les artistes d’avant-garde eux-mêmes n’ont pas toujours un discours cosmopolite. Le marché de l’art moderne répond à des enjeux et des stratégies parfois contradictoires, à l’origine de l’exportation des œuvres à l’étranger. La thèse d’un métissage des arts reste donc très problématique, ne serait-ce qu’aux plans économique, social et idéologique, dont on ne peut séparer le domaine pictural.
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Emmanuelle Vagnon. La cartographie du XVe s. est-elle la conséquence de transferts culturels ?
Au moment où Constantinople est menacée par l'avancée des Turcs, l'Occident latin accueille les érudits byzantins porteurs de manuscrits antiques. Parmi ces manuscrits, la Géographie de Ptolémée est traduite en latin à Florence vers 1406 et copiée pour les bibliothèques humanistes et princières. L'intérêt que l’œuvre suscite alors fournit, à première vue, l'exemple d'un transfert culturel à la fois diachronique et linguistique entre l'Antiquité grecque et la Renaissance européenne.
Cependant, une étude approfondie des conditions de réception et d'utilisation des cartes au XVe siècle révèle une situation complexe. Il est possible que le savoir grec antique ne soit pas nécessairement perçu par les humanistes de la Renaissance comme un apport extérieur, mais plutôt comme un héritage dans une culture commune. Par ailleurs, il existait déjà en Occident une cartographie marine, élaborée dans les milieux de navigateurs et de commerçants, fondée sur des connaissances qui circulaient de port en port autour de la Méditerranée. Loin d'être abolies par l'apport théorique de la Géographie, ces cartes marines contribuent à l'élaboration des atlas modernes où, peu à peu, s'unifient des normes de représentation.
La cartographie de la Renaissance pourrait alors provenir d'un autre type de transfert, opéré entre deux modes de savoir : celui, pratique et technique, des navigateurs et commerçants, et celui, théorique et scientifique, des humanistes.


Conclusion : François Villeneuve, histoire antique, ENS (Paris)